Le Cheval du Vercors de Barraquand, une race locale à redécouvrir

Quand on parcourt les plateaux du Vercors, on croise parfois une silhouette de cheval bai, robuste et sûr de ses appuis, parfaitement à l’aise sur les sols pauvres de la montagne. Il s’agit peut-être d’un cheval du Vercors de Barraquand, une race locale méconnue et pourtant profondément ancrée dans ce territoire. À Vassieux-en-Vercors, au cœur de la Drôme, cette race raconte une belle histoire de patrimoine, de disparition et de sauvegarde. Voici pourquoi elle mérite d’être redécouverte.

Une race née dans le massif du Vercors

Le cheval du Vercors de Barraquand est une race chevaline montagnarde française, originaire du massif du Vercors, à cheval sur la Drôme et l’Isère. Issue d’une très ancienne sélection locale, elle a la particularité d’être la seule race de cheval spécifique à l’ancienne région Rhône-Alpes. Autrement dit, ce cheval est un pur produit de son territoire, façonné par la rudesse et la beauté des paysages du Vercors.

Ses racines historiques sont anciennes. Une mention écrite de 1760, signée Dom Périer de l’abbaye de Léoncel, décrivait déjà des chevaux vifs, robustes et sûrs de pieds, parfaitement adaptés à la montagne et aux sols pauvres. Cette adaptation au milieu explique le caractère rustique qui fait aujourd’hui encore la réputation de la race.

La famille Barraquand, à l’origine du nom

Si la race porte ce nom, c’est grâce à la famille Barraquand. Jules Barraquand, jeune fermier et métayer, structure l’élevage à partir de 1894, à partir d’un étalon et de six juments locales. Il développe ensuite sa sélection jusque dans les années 1950, donnant à la lignée une véritable cohérence.

L’originalité de cet élevage tenait à la transhumance entre deux berceaux. L’été, les chevaux gagnaient le plateau du Vercors. L’hiver, ils rejoignaient la plaine de la Crau, autour d’Arles. Ce double berceau a marqué la race en profondeur. À son apogée, le cheptel Barraquand a compté jusqu’à environ 200 juments reproductrices (chiffre atteint vers 1914), un nombre considérable pour un élevage familial.

Une race donnée pour perdue

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Avec la Seconde Guerre mondiale et la mécanisation des campagnes, l’élevage originel des Barraquand périclite. En 1963, une partie des terres est vendue et le cheptel est dispersé puis liquidé. La race est alors considérée comme perdue, un destin partagé par bien des chevaux de travail rendus obsolètes par le tracteur.

Heureusement, la mémoire de ces chevaux ne s’est pas éteinte. À la fin des années 1980 et en 1994, un descendant de la famille, petit-fils de la lignée Barraquand, relance un petit élevage entre Arles et le Vercors. C’est le point de départ d’une longue reconstitution.

Une sauvegarde ancrée dans le Vercors

La véritable relance s’organise dans le Vercors même. En 1995, une association de sauvegarde y est créée, soutenue par le Parc naturel régional du Vercors et les Haras nationaux d’Annecy, afin de relancer une dynamique d’élevage. Ce travail patient de conservation finit par payer.

Le 18 juillet 2017, la race est officiellement reconnue par le ministère de l’Agriculture, devenant la 9e race française de chevaux et poneys de territoire. Aujourd’hui, l’Association nationale du Cheval du Vercors de Barraquand (ANCVB) est l’organisme de sélection agréé par le ministère. Elle assure la sauvegarde de la race et tient le stud-book, c’est-à-dire le livre généalogique qui garantit la pureté des lignées.

Un cheval rustique, franc et polyvalent

Ce qui séduit chez cette race, c’est autant son tempérament que son physique. Le caractère du cheval de Barraquand est décrit comme franc, rustique, généreux, sociable et équilibré. C’est un cheval polyvalent, facile à élever et à éduquer, que l’on peut travailler à pied, monté, attelé ou bâté. Des qualités précieuses pour la vie en montagne comme pour l’accueil du public.

Côté morphologie, il mesure de 1,45 m à 1,55 m au garrot et pèse de 450 à 550 kg. Sa robe est le bai, dans toutes ses nuances, sans autres marques blanches qu’une possible étoile en tête. Une élégance sobre et reconnaissable, à l’image de son terroir.

Une race rare qu’il faut protéger

Malgré les efforts, la race chevaline du Vercors reste très fragile. Elle est classée menacée d’extinction : considérée en danger critique d’extinction par le système DAD-IS en 2020, et qualifiée de race chevaline française menacée d’extinction par l’INRAE en 2023.

Les effectifs le confirment. On dénombre de l’ordre de 200 à 215 chevaux et une dizaine d’éleveurs seulement, avec un faible nombre de naissances chaque année (par exemple 25 poulains nés en 2022). Cela en fait l’une des races chevalines françaises les plus rares et confidentielles. Chaque naissance compte, et chaque personne qui découvre cette race participe, à sa façon, à sa préservation.

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